Amazon Watch

Des leaders autochtones portent la crise de la criminalité en Amazonie devant l'ONU

Face à l'échec des réponses militarisées, la gouvernance territoriale autochtone s'avère essentielle.

20 avril 2026 | Oeil sur l'Amazonie

Un message urgent est en route d'Amazonie vers les Nations Unies. Cette semaine, Amazon Watch accompagnera une délégation de dirigeants autochtones du Pérou et de l'Équateur à New York pour l'Instance permanente des Nations Unies sur les questions autochtones (UNPFII). Dans le cadre de notre Campagne Amazon Crime, qui œuvre au renforcement des défenses autochtones contre les économies illégales.

Il y a quelques semaines à peine, des peuples autochtones du Brésil, de Colombie, d'Équateur et du Pérou rassemblés à Pucallpa Face à une crise qui s'aggrave rapidement : l'expansion du crime organisé sur les territoires autochtones et l'incapacité des réponses militarisées de l'État à l'endiguer, les réseaux criminels affectent aujourd'hui 67 % des municipalités amazoniennes et 32 % des territoires autochtones sont le théâtre de conflits entre acteurs armés.

Ensemble, Amazon Watch et plus d'une douzaine d'organisations autochtones, dont la Coordination des organisations autochtones du bassin amazonien (COICA), lancent un nouveau rapport panamazonien. L’Amazonie assiégée : comment la criminalité et la militarisation menacent les peuples autochtonesRéalisé en collaboration avec des organisations autochtones de cinq pays et un réseau de journalistes et de chercheurs indépendants, ce rapport offre l'une des analyses les plus complètes à ce jour sur la manière dont le crime organisé transforme l'Amazonie. Centré sur sept territoires de la région, il documente comment les économies illicites – exploitation minière aurifère illégale, narcotrafic, exploitation forestière illégale et réseaux de trafic – se sont transformées en systèmes interconnectés qui contrôlent les terres, remodèlent les économies locales et engendrent une violence sans précédent. Depuis 2012, au moins 296 défenseurs de l'Amazonie ont été tués en Amazonie, la Colombie et le Brésil figurant parmi les pays les plus dangereux au monde pour ceux qui la défendent.

Dans de nombreuses régions, les réseaux criminels ont instauré leurs propres formes de gouvernance : ils régulent les déplacements, contrôlent les cours d’eau et les routes, exploitent les ressources et imposent une coercition qui sape les institutions étatiques et l’autorité des peuples autochtones. Ces dynamiques ne sont pas des cas isolés. Elles sont profondément ancrées dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, alimentées par la demande internationale d’or, de bois et de drogues, reliant ainsi directement la violence en Amazonie aux marchés du monde entier.

Tout au long de l'UNPFII, Amazon Watch Les dirigeants autochtones dialogueront avec les missions diplomatiques, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones et l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), afin de faire pression pour que les peuples autochtones soient placés au centre des stratégies mondiales en matière de sécurité, de protection de l'environnement et de criminalité organisée, en amont de la prochaine conférence mondiale sur la criminalité transnationale organisée à Vienne.

Les peuples autochtones en première ligne

En février 2026, plus de 60 leaders autochtones se sont réunis en Amazonie péruvienne pour faire face à la convergence croissante du crime organisé, des pressions extractives et des violences territoriales. Il en est ressorti… Déclaration de Pucallpa – un appel collectif à défendre la vie, leurs cultures, l’autonomie territoriale des peuples autochtones et l’avenir de l’Amazonie.

Les territoires autochtones figurent parmi les écosystèmes les plus riches en biodiversité et les mieux préservés de la planète, et pourtant, ils sont de plus en plus la cible des réseaux criminels. Les communautés sont confrontées au déplacement forcé, à la contamination des rivières, aux menaces et à l'assassinat de leurs chefs qui défendent leurs terres.

Les femmes, les enfants et les jeunes supportent un fardeau disproportionné, confrontés à des risques accrus de violence, d'exploitation et de recrutement. Les peuples autochtones isolés (PIACI) font face à des menaces existentielles qui pèsent sur leur survie. Les nations autochtones transfrontalières sont particulièrement vulnérables, car les réseaux criminels exploitent la porosité des frontières. « La survie même de nos peuples est en jeu », a averti un chef lors de la réunion de Pucallpa.

Pourtant, les peuples autochtones ne sont pas des victimes passives. Partout en Amazonie, ils mettent en place leurs propres systèmes de gouvernance territoriale : renforcement de la surveillance communautaire, des gardes autochtones et des gouvernements autonomes qui représentent certaines des formes de contrôle territorial les plus efficaces et légitimes de la région. Mais cette résistance a un prix. Face à la puissance des forces armées et aux réseaux de corruption et de complicité d’État, les défenseurs sont confrontés à la violence, aux menaces et aux assassinats. L'Amazonie est devenue l'un des endroits les plus dangereux de la planète pour les défenseurs de l'environnement et les dirigeants autochtones..

Au-delà de la militarisation : une autre voie à suivre

Le rapport met en lumière une contradiction fondamentale : alors que le crime organisé est devenu plus complexe et enraciné, les réponses de l’État restent étroitement axées sur la militarisation et la répression à court terme, des stratégies qui ont échoué à maintes reprises. 

Les réponses militarisées ne s'attaquent pas aux causes structurelles des économies illicites : inégalités, absence de droits territoriaux, corruption et demande mondiale. Dans bien des cas, elles exacerbent la violence, criminalisent les communautés et affaiblissent la gouvernance autochtone, tandis que les réseaux criminels s'adaptent et réapparaissent. Il en résulte… cycle d'interventions inefficaces et d'aggravation de la criseLes dirigeants autochtones réclament un changement fondamental : abandonner la militarisation et adopter des approches fondées sur les droits, l'autonomie et la gouvernance territoriale.

La Déclaration de Pucallpa : un appel à l'action

La Déclaration de Pucallpa trace une voie à suivre non pas fondée sur la militarisation, mais sur les droits, l'autonomie et le leadership autochtone. Ses revendications sont claires : l'autodétermination et le contrôle territorial des peuples autochtones sont essentiels pour lutter contre le crime organisé. La protection doit être collective et ancrée dans les systèmes de gouvernance autochtones. Les États doivent traiter les autorités autochtones comme des partenaires.Les acteurs autochtones, et non leurs subordonnés, doivent être soutenus en matière de sécurité et de gouvernance. Leurs économies doivent par ailleurs être considérées comme des alternatives viables aux marchés illicites.

La déclaration appelle également les gouvernements et la communauté internationale à lutter contre la corruption, à protéger les défenseurs des droits humains et à garantir la participation des peuples autochtones à toutes les politiques qui touchent leurs territoires. Chaque revendication repose sur une vérité fondamentale : « Défendre son territoire, c’est défendre sa vie. »

Porter les réalités amazoniennes sur la scène mondiale

Lors du Forum politique des Nations Unies sur l'intégration des enjeux autochtones (UNPFII), les dirigeants autochtones interpelleront la communauté internationale afin qu'elle repense son approche de la criminalité organisée, du climat et de la sécurité en Amazonie. Il ne saurait y avoir de stratégie efficace pour lutter contre la criminalité organisée, ni de voie viable vers la stabilité climatique, sans reconnaître et renforcer la gouvernance et les économies autochtones. La communauté internationale le sait depuis longtemps. La question est de savoir si elle agira enfin en conséquence.

L’Amazonie est à la croisée des chemins. Face à la montée en puissance des réseaux criminels et à l’échec persistant des réponses militarisées, les peuples autochtones demeurent les défenseurs les plus efficaces et légitimes de la forêt. Leur rôle de premier plan ne se limite pas à compléter les stratégies mondiales en matière de climat et de sécurité ; il en constitue le fondement même.

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